Prenez le cas d'une réunion hebdomadaire avec les équipes à l'étranger. Quarante minutes. Deux personnes parlent.
Les autres suivent. Elles comprennent tout. Elles ne disent rien.
Vous avez financé la formation. Les tests le confirment, le niveau est là.
Le problème ne se réglera pas en ajoutant des heures de cours. Ce qui se joue dans cette réunion porte un nom dans la recherche, et il se mesure.
Dans une équipe multiculturelle, certains collaborateurs évitent les échanges avec leurs collègues d'autres cultures. Cet évitement fait baisser leur performance perçue et leur prise de parole. Une étude de 2021 montre que la compétence culturelle réduit cet évitement uniquement lorsque le niveau de langue est déjà bon. Former à l'un sans l'autre ne produit rien.
Ce que vous voyez, et ce que ça signifie
| Ce que vous observez | La conclusion habituelle | Ce que montre la recherche |
|---|---|---|
| Silence en réunion internationale | Le niveau d'anglais est insuffisant | Un comportement d'évitement, distinct du niveau |
| Les mêmes personnes parlent toujours | Question de personnalité | Prise de parole liée à la distance culturelle perçue |
| La formation n'a rien changé | Manque de motivation | Un seul des deux leviers a été actionné |
Le silence a un nom, et ce n'est pas le niveau
En bref : la recherche sur les équipes multiculturelles distingue deux choses : savoir parler une langue, et choisir d'engager l'échange. La seconde ne découle pas de la première.
Le champ s'est structuré autour d'une notion, l'intelligence culturelle. Elle désigne la capacité à travailler efficacement dans un environnement culturellement divers.
Ce n'est pas une connaissance des coutumes. C'est une aptitude pratique, qui se mesure et qui s'entraîne.
Une méta-analyse de 2021 a rassemblé 70 études sur le lien entre cette aptitude et six résultats professionnels, dont la performance au poste. Christopher Schlaegel et ses coauteurs l'ont publiée dans le Journal of World Business.
Une méta-analyse antérieure, signée Rockstuhl et Van Dyne en 2018 dans Organizational Behavior and Human Decision Processes, montre que cette aptitude prédit plusieurs formes de performance : la tâche, l'entraide entre collègues, l'adaptation, et la performance d'encadrement.
Le champ est donc établi. Reste à savoir ce qu'on en fait côté formation.
L'évitement, le mécanisme qui explique le reste
En bref : entre la compétence culturelle et la performance, il y a une étape intermédiaire : éviter ou non ses collègues d'autres cultures.
C'est le point le plus utile de toute cette littérature.
Peyrols Wu et Ng ont publié en 2021 dans Applied Psychology une étude sur les équipes multiculturelles. Leur point de départ : l'évitement des collègues culturellement différents annule les bénéfices attendus de la diversité.
L'évitement se manifeste simplement. On ne va pas vers la personne. On choisit un autre interlocuteur. On attend que quelqu'un d'autre pose la question.
Leurs résultats sont nets sur deux points.
- L'évitement fait baisser la performance évaluée par les pairs. Pas l'auto-évaluation, l'évaluation par les collègues.
- L'évitement fait baisser la prise de parole, ce que les chercheurs appellent le comportement de voix : signaler un problème, proposer une idée, exprimer un désaccord.
Autrement dit, la personne silencieuse de votre réunion n'est pas seulement discrète. Son information ne remonte pas. Ce mécanisme se distingue du décrochage d'un parcours de formation, qui relève d'abord de sa conception (voir notre analyse sur le décrochage) : les deux se complètent sans se recouvrir.
Un résultat voisin sur la distance culturelle
Ng, Van Dyne et Ang ont montré en 2019, dans Organizational Behavior and Human Decision Processes, que la distance culturelle perçue réduit la prise de parole.
Et que les personnes à forte intelligence culturelle sont moins enclines à se taire quand cette distance est grande.
Le silence en réunion internationale est donc un signal. Il se lit.
Former à la culture seule ne produit rien
En bref : la compétence culturelle ne réduit l'évitement que lorsque le niveau de langue est déjà bon. C'est le résultat central de Peyrols Wu et Ng.
Voilà pourquoi tant de séminaires interculturels laissent les réunions inchangées.
L'étude de 2021 teste un modèle conditionnel. Et sa conclusion est précise : la compétence culturelle réduit l'évitement uniquement quand la compétence linguistique est élevée.
Quand le niveau de langue est faible, l'effet disparaît.
Le raisonnement se tient. Comprendre un code culturel ne sert à rien si l'on n'a pas les moyens de l'appliquer dans la conversation. Et parler correctement ne suffit pas si l'on ne sait pas lire la situation.
Les deux leviers fonctionnent ensemble. Séparément, ils ne font rien.
Ce que ça disqualifie
Deux formats répandus en entreprise.
- Le séminaire interculturel autonome, une journée, sans travail sur la langue. Il transmet des repères. Il ne change pas les comportements de réunion.
- La formation en langue sans mise en situation, qui fait monter le niveau mesuré sans jamais exposer à l'échange réel.
Chacun produit un résultat visible dans son indicateur propre. Aucun ne touche l'évitement.
Ce que ça change dans la conception d'un dispositif
Trois conséquences pratiques. Elles rejoignent ce que la recherche montre sur les formats de formation : ce qui compte est ce que le dispositif contient, pas son étiquette (voir présentiel, e-learning ou blended).
- 1
La mise en situation devient obligatoire, pas optionnelle. L'évitement se traite en exposant à l'échange, pas en expliquant l'échange. Un parcours sans production orale face à quelqu'un laisse le problème intact. L'entraînement avec un agent conversationnel peut servir de premier palier, sans témoin (voir ce que la recherche mesure sur l'entraînement par IA).
- 2
Les deux volets avancent en parallèle. Un dispositif qui place le module interculturel en fin de parcours, après la langue, fait travailler les participants sur un levier à la fois. L'étude de 2021 suggère que l'effet vient de la combinaison.
- 3
Le niveau cible se définit par situation, pas par score. Prendre la parole dans une réunion à dix est une situation. Un score global ne dit pas si la personne y arrive.
Le point aveugle des équipes hétérogènes
Dans une même entreprise, les écarts de niveau sont souvent larges.
L'étude de 2021 ajoute une difficulté. Les collaborateurs dont le niveau de langue est le plus faible sont ceux chez qui le travail interculturel produit le moins d'effet.
Ce sont aussi, souvent, ceux qui évitent le plus.
La conséquence est inconfortable. Commencer par un module interculturel commun à toute l'équipe aide surtout ceux qui en avaient le moins besoin (voir des A2 et des C1 dans la même formation).
Ce que vous pouvez observer sans outil de mesure
Quatre signaux, visibles en réunion.
- Qui pose les questions. Si ce sont toujours les mêmes, l'évitement est à l'œuvre.
- Qui exprime un désaccord. C'est le comportement de voix dans sa forme la plus coûteuse. Son absence totale chez une partie de l'équipe mérite attention.
- Les échanges hors réunion. Qui écrit à qui. Les canaux écrits servent souvent de contournement à l'oral.
- Les demandes de reformulation. Leur absence n'est pas un bon signe. Quelqu'un qui ne demande jamais de précision a peut-être renoncé à suivre.
Aucun de ces signaux ne demande d'outil. Ils demandent de regarder la bonne chose, et de les relier aux situations réelles de chaque poste (voir niveau d'anglais par poste).
Questions fréquentes
Pourquoi mes équipes ne parlent-elles pas en réunion alors qu'elles ont le niveau ?
La recherche sur les équipes multiculturelles distingue la compétence linguistique du comportement d'évitement. Peyrols Wu et Ng (2021) montrent que l'évitement des collègues d'autres cultures fait baisser la performance évaluée par les pairs et la prise de parole. Ce comportement ne se corrige pas en ajoutant des heures de cours.
Une formation interculturelle suffit-elle à régler le problème ?
Les données disponibles suggèrent que non, prise isolément. Peyrols Wu et Ng (2021) établissent que la compétence culturelle réduit l'évitement uniquement lorsque la compétence linguistique est élevée. Un séminaire interculturel mené sur une population au niveau de langue faible ne produit pas l'effet attendu.
Qu'appelle-t-on intelligence culturelle ?
La capacité à travailler efficacement dans un environnement culturellement divers. Elle fait l'objet d'une littérature établie. Une méta-analyse de Rockstuhl et Van Dyne (2018) montre qu'elle prédit plusieurs formes de performance, dont la performance de tâche et la performance d'encadrement.
Comment mesurer le problème dans mon entreprise ?
Quatre signaux s'observent en réunion sans outil : qui pose les questions, qui exprime un désaccord, qui contourne l'oral par l'écrit, et qui ne demande jamais de reformulation. Ils donnent une première lecture avant d'engager un diagnostic formel.
Faut-il former à la langue ou à l'interculturel en premier ?
Les deux en parallèle, d'après l'étude de 2021. Un dispositif séquentiel qui place l'interculturel après la langue fait travailler un seul levier à la fois, alors que l'effet observé vient de leur combinaison.
Ce que GlobalExam en retient
GlobalExam Business conçoit des parcours où la production orale est présente dès le début, plutôt qu'ajoutée en fin de parcours.
Le test de niveau CECRL sert à situer chaque collaborateur avant de décider du dispositif. Les parcours sur mesure permettent de ne pas imposer le même contenu à des niveaux très écartés.
L'organisme est certifié Qualiopi et conforme RGPD. 4 millions d'apprenants ont utilisé la plateforme. 750 entreprises la déploient, parmi lesquelles Deezer, Orange, Clarins et XPO Logistics. La note sur Trustpilot est de 4,5 sur 5.
Des réunions internationales où tout le monde prend la parole ?
Demander une démo→Sources citées
- Peyrols Wu, C., & Ng, K.-Y. (2021). Cultural Intelligence and Language Competence: Synergistic Effects on Avoidance, Task Performance, and Voice Behaviors in Multicultural Teams. Applied Psychology, 70(4), 1512-1542.
- Rockstuhl, T., & Van Dyne, L. (2018). A bi-factor theory of the four-factor model of cultural intelligence: Meta-analysis and theoretical extensions. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 148, 124-144.
- Ng, K.-Y., Van Dyne, L., & Ang, S. (2019). Speaking out and speaking up in multicultural settings: A two-study examination of cultural intelligence and voice behavior. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 151, 150-159.
- Schlaegel, C., Richter, N. F., & Taras, V. (2021). Cultural intelligence and work-related outcomes: A meta-analytic examination of joint effects and incremental predictive validity. Journal of World Business, 56(4).
Dernière mise à jour : 1er octobre 2026